En début d’été 2026, le projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles sera voté. Trois articles créent des risques majeurs pour la condition animale et l’alimentation végétale, mais aussi trois occasions pour ceux qui sont organisés maintenant. Analyse des enjeux et guide d'intervention pour les ONG et entreprises.

Milton Federici
Agriculture

Le contexte : Le projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles sera examiné en commission début mai, en séance à l'Assemblée nationale courant mai, puis au Sénat en juin. Objectif du gouvernement : adoption avant le 14 juillet.
L'enjeu pour vous : Parmi les 23 articles, trois créent des portes ouvertes ou des risques directs pour la condition animale, mais la fenêtre est très courte pour influer sur le texte.
La bonne nouvelle : en proposant des amendements avant les débats en commission, vous mettez toutes les chances de votre côté pour éviter des risques, mais il faut commencer maintenant.
Article 4 : la restauration collective, une opportunité de 3 milliards de repas par an
Le texte : L'article 4 impose à la restauration collective publique des achats auprès de fournisseurs européens avec des critères "durables et de qualité". Pas mal en soi. Sauf que le texte est volontairement flou sur trois points clés.
Rien n'est spécifié sur :
Les protéines végétales : aucun objectif minimum.
L'élevage intensif : aucune exclusion. Tant que c'est français ou européen, c'est acceptable.
Pourquoi c'est décisif pour vous :
C'est maintenant qu'on définit ce que "qualité" veut dire. Une fois que les décrets d'application seront écrits (après juillet), cela sera trop tard. Si vous ratez cette fenêtre, vous attendrez des années pour pouvoir remobiliser les décideurs.
Et les chiffres : 3 milliards de repas par an en France. Si vous redéfinissez le cahier des charges, vous créez une demande structurelle durable. C'est le levier politique le plus puissant. Pas une campagne d'opinion, une vraie redirection du marché.
Ce qu'il faut faire : des amendements à l'article 4, ciblés et pré-rédigés
Les trois points à inclure :
Objectif minimum de protéines végétales par repas.
Intégration du bien-être animal dans les critères de “durabilité et qualité”.
Exclusion progressive des produits issus d'élevage intensif.
Article 14 : le risque de tir de loup sans fondement, et comment le bloquer
Le texte : L'article 14 crée un statut juridique du loup destiné à "sécuriser" les autorisations de tir prises par arrêtés préfectoraux. En clair : il facilitera les abattages systématiques.
Le problème politique :
Cet article ouvre la porte à une escalade de tirs sans obligation préalable d'avoir tenté la protection. Résultat attendu : les loups continueront d’être abattus là où les troupeaux sont mal protégés. C'est inefficace et c'est une impasse pour la cohabitation à long terme.
La science est claire et on peut la brandir : les tirs ne réduisent pas durablement la prédation, surtout quand les troupeaux restent mal protégés. Un loup tué sera remplacé par un autre. Un troupeau bien clôturé reste protégé.
Il faut rappeler au gouvernement : "Vous n'avez pas étudié les alternatives avant de légaliser les tirs."
Ce qu'il faut faire :
Un amendement qui demande explicitement :
Expertise locale obligatoire avant tout tir : cartographie des troupeaux, diagnostic de protection, alternatives disponibles.
Obligation de protéger d'abord : cumul d’au moins 2 mécanismes de protection avant d'autoriser un tir.
Suivi scientifique annuel : évaluation de l'efficacité comparée (tirs vs. protection). Publication des résultats.
Article 23 : le "recours abusif", un risque légal pour vos contentieux
Le texte : L'article 23 crée un mécanisme simple : si une ONG conteste un projet agricole et qu'un juge trouve ça "abusif", l'ONG doit verser des dommages-intérêts à l'agriculteur.
Concrètement : Vous contestez un projet de salmoniculture. Vous argumentez bien en droit, mais le juge considère que votre recours n'a pas assez de fondement technique. Il vous condamne à 50 000 €. Qui va encore oser attaquer le projet suivant ?
Le risque pour vous :
C'est un mécanisme de dissuasion. Il s'additionne aux risques financiers et réputationnels que vous prenez déjà en contentieux. À partir de maintenant, chaque recours administratif contre un projet agricole devra intégrer un calcul de risque : "Et si on perd ? Combien on paie ?"
Le gouvernement sait très bien ce qu'il fait. C'est un outil anti-ONG.
Avant de paniquer, l'état du droit :
Des mécanismes similaires existent déjà (articles L. 600-7 du code de l'urbanisme, L. 181-17 du code de l'environnement). Mais ils sont rarement appliqués parce que les juges administratifs sont prudents. La vraie question : est-ce qu'un texte spécifique à l'agriculture (secteur politiquement très sensible) changera la donne ? Probablement oui.
Ce qu'il faut faire :
Option 1 : suppression pure et simple de l'article 23. Argument : le droit existant suffit ; cet article crée une asymétrie injuste (les agriculteurs peuvent attaquer les ONG, mais l'inverse n'existe pas).
Option 2 : amendement de repli (si suppression échoue). Ce qu'on peut négocier :
Exclusion des recours sur bien-être animal ou environnement : si votre recours porte sur la condition des animaux ou la qualité de l'eau, il ne peut pas être jugé "abusif".
Définition précise de "recours abusif" : uniquement les recours manifestement infondés en droit ou intentionnellement dilatoires (même recours rejeté 5 fois).
Charge de la preuve inversée : c'est à l'agriculteur de prouver l'abus, pas à vous de vous défendre a priori.
Plafond sur les dommages : maximum 10 000 € pour éviter les ruines financières.
Option 3 : amendement de contre-attaque, proposer que l'article 23 s'applique aussi aux recours abusifs envers les ONG intervenant sur les sujets environnementaux et agricoles.
Calendrier et pourquoi vous devez décider cette semaine
La fenêtre est étroite :
Début mai : débats en commissions
Courant mai : examen en séance à l'Assemblée
Courant juin : passage au Sénat
Courant juillet : adoption finale
Les amendements qui marchent sont ceux qui arrivent tôt (fin avril), qui sont factuels et pré-rédigés.
Ce que vous devez faire maintenant :
Décider en interne : allez-vous vous mobiliser sur ces trois articles ? Sur lequel vous êtes les plus forts ?
Identifier les partenaires : ONG, entreprises, autres acteurs. Qui contactez-vous cette semaine ?
Préparer les amendements : rédaction en interne ou via Egalia ?
Mapper les parlementaires : qui sont les 10-15 cibles clés (commissions, sensibilité au sujet) ? Qui les approche et quand ?
C'est un travail qui ne s’improvise pas à la dernière minute.
Comment Egalia peut vous aider
Si vous êtes une ONG ou une entreprise engagée sur la condition animale, l’environnement ou l’alimentation végétale :
Vous savez que c'est important ; vous n'êtes juste pas équipé.e pour faire du lobbying législatif à ce niveau.
Vous avez peu de temps et beaucoup d'autres dossiers.
Vous ne connaissez pas les bons parlementaires ou comment les aborder.
C'est exactement ce qu'Egalia fait :
Audit stratégique : identifier sur quels articles vous êtes pertinent.e, évaluer votre position de force, calibrer votre demande pour qu'elle passe.
Rédaction des amendements : écriture techniquement correcte, alignée sur la jurisprudence existante, pré-testée auprès des services parlementaires.
Cartographie parlementaire & approche : identifier les 10-15 décideurs clés, définir le message pour chacun, orchestrer les prises de contact.
Pilotage de coalition : si vous n'êtes pas seul.e, on coordonne avec les autres acteurs pour une stratégie commune.
Suivi des débats : dès fin avril, monitoring des amendements proposés, ajustement en temps réel, relance auprès des parlementaires le jour J.
Cela prend 4-6 semaines de travail concentré. Le retour sur investissement ? Si on réussit sur l'article 4, c'est 3 milliards de repas par an qui changent de modèle. Si on ralentit les tirs sur l'article 14, c'est une victoire majeure pour les loups. Si on réduit le risque sur l'article 23, c'est la protection de votre capacité à attaquer en justice.
Vous êtes intéressé.e ? Contactez-moi pour un entretien de 30 min. On évalue ensemble si c'est le bon moment et comment positionner votre intervention.
Pour documenter votre décision
Projet de loi complet (n° 2632)
Avis du Conseil d'Etat (2 avril 2026)
